CHILI: UNE TRANSITION MANQUÉE

CHILI: UNE TRANSITION MANQUÉE

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CHILI-Santiago: Il vient d’apparaitre le dernier livre d’Héctor Vega

Le projet de transition au socialisme proposé par l’Unité populaire au Chili, lors du gouvernement de Salvador Allende, reste, quatre décennies après sa chute comme le témoignage dramatique d’un peuple qui voulait construire sa propre destinée. Allende l’avait dit. Le défit de notre projet restera toujours comme la capacité des institutions républicaines actuelles pour rendre possible les transformations structurelles entendant se substituer à l’ancienne structure. Il s’agit de la démocratisation de l’économie, disait le Programme de l’Unité Populaire, où “les forces populaires unies ont comme objectif politique fondamental de remplacer l’actuelle structure économique, en en finissant avec le pouvoir du capital monopoliste national et étranger et avec le latifundio, afin de commencer l’édification du socialisme”.

Hector Vega inscrit son ouvrage, tout en nous apportant une vue d’ensemble du projet de transformations sociales proposées par l’Unité Populaire, dans une perspective historique, à même d’éclairer les diverses composantes politiques et les mécanismes économiques du projet transformateur, en même temps qu’il décèle à la fois son originalité et son appartenance à une orientation permanente de la politique chilienne.

L’auteur définit un tel projet comme “l’économie du populisme” qui apparaît comme une pratique constante d’absorption du conflit social par le biais de l’intégration des couches défavorisées de la société du projet de pouvoir des classes dominantes.

L’idée de “transition pacifique au socialisme” proposée par l’Unité Populaire impliquait le maintien des normes démocratiques en vigueur et des transformations du processus économique et des relations de production. La viabilité de ce dessein et les difficultés de son application sont analysées par l’auteur à partir, notamment, du rôle joué par l’Etat ainsi que par le jeu d’alliances et d’oppositions des différentes classes.

Hector Vega explique comment la dynamique du processus de changement social engagée par la mise en application du dessein initial a aboutit à une sorte de rupture opposant de nouvelles organisations issues des secteurs de la société civile aux structures classiques de contrôle, politiques et syndicales. Les différences entre l’action du gouvernement du président Allende et la conscience des masses sur les problèmes à affronter étaient de plus en plus grandes. L’appui de son propre parti était assez douteux. Altamirano, Secrétaire Général du Parti Socialiste, en se mettant à la tête des contestataires, exprimait la projection politique et révolutionnaire que présentait le pouvoir populaire. Dans un discours sur la situation économique du pays fait à l’usine Cobre Cerrillos dans le complexe industriel Cordon Cerrillos de la ville de Santiago, le 14 août 1973, Altamirano s’écriait:

“Les Commandos Communaux peuvent et doivent se transformer maintenant en une réalité généralisée. Les Commandos Communaux peuvent et doivent être reconnus comme une instance de Pouvoir Local, née démocratiquement des organisations de base et au service de fonctions bien définies sur les problèmes locaux d’approvisionnement, de transport, de santé, de vigilance et chacune des activités spécifiques de chaque commune. Il faut reconnaître le déchaînement des forces sociales, politiques et idéologiques sans parangon. Ce sont les forces qui ont frappé de manière indélébile la vieille structure institutionnelle, en apparence intacte, mais cassée à la base de manière irrémédiable”.

On pouvait difficilement concilier ce discours avec la solution institutionnelle d’Allende. L’auteur l’explique sans ambages. “La pratique des masses n’était qu’une négation du jeu politique et de l’Etat lui-même. Il n’existait plus une zone d’entente entre la direction de l’Unité Populaire et le développement du mouvement de masse. Sans direction politique, le mouvement populaire, base d’un éventuel mouvement révolutionnaire, sombre avec les structures politiques de l’Unité Populaire”.

Editions Apostrophes

Santiago, avril 2012

Avant-propos

Pourquoi une transition manquée? Les enjeux étaient ambitieux. La société chilienne au bras de l’Unité Populaire parcourait dans son imaginaire les sentiers de la démocratie directe –démocratie pleine sans limites…en opposition totale avec une société bourgeoise sacralisée par des institutions républicaines du commencement du vingtième siècle. Les secteurs politiques, les plus conscients d’un projet radical sont devenus l’expression politique des forces sociales non représentées par le projet politique de la gauche traditionnelle. Tension irrésolue entre une certaine fascination pour l’ordre républicain établi dans la Constitution politique de 1925 et la vision stratégique de l’action révolutionnaire.

Soixante-cinq pour cent de la force de travail ne se reconnaissait pas dans l’action de l’Etat proposée par les gouvernements de l’après guerre. Il s’agissait de forces sociales prolétarisées, de la campagne et de la ville (pobres del campo y de la ciudad dans le langage politique de l’époque), des sous-employés, des chômeurs, des marginaux…bref des forces non représentées dans les organisations du mouvement ouvrier traditionnel. Enfin, la faille absolue des politiques intégrationnistes de l’époque de l’industrialisation moderne au Chili, a entraîné la crise sociale de la fin des années 60.

La République était soumise à une contradiction fatale. D’une part la classe politique essaya de réduire aux termes institutionnels la lutte sociale et d’autre part, la pratique sociale des non intégrés au projet montra un horizon de luttes difficilement réductibles aux termes imposés par une base sociale réduite. Ce jeu n’était pas de la “pure politique”. La période qui commence avec la “nouvelle économie” en 1972 marque le début du débordement de l’action de l’Etat. Pire encore! Le jeu politique institutionnel finit par aliéner la base sociale d’appui au gouvernement sans qu’il aboutisse à un accord avec l’opposition. Il n’était plus question de limiter les annonces sur la propriété sociale des entreprises car la libéralisation des prix –donc leur augmentation généralisée– provoqua une diminution brutale du pouvoir d’achat des masses populaires.

C’est dans ce climat que se déclenche la grève patronale d’octobre 1972. Sous l’ordre des “Cordones et Comandos Comunales” se lance une vague d’occupations d’usines (près d’un millier), le transport s’organise dans les banlieues de la ville de Santiago, ainsi que la distribution directe de produits de consommation. Malgré la réaction populaire, la ligne institutionnelle traditionnelle prédomine. La pacification sociale se fait sous la direction des militaires. Le 4 novembre 1972 sont assermentés les ministres des Forces Armées. C’est le cabinet “UP-Généraux”, expression popularisée par le MIR (Mouvement de gauche révolutionnaire). En ayant gagné du terrain l’opposition endurcit ses demandes. L’escalade qu’en juin 1973 se traduit dans le coup de force d’un régiment de chars Santiago a été rapidement neutralisé.

C’était la faillite de la solution institutionnelle d’Allende. La pratique de masses n’était qu’une négation du jeu politique et de l’Etat lui-même. Il n’existait plus de zone d’entente entre la direction de l’Unité populaire et le développement du mouvement de masses. Sans direction politique, le mouvement populaire, base d’un éventuel mouvement révolutionnaire, sombre avec les structures de l’Unité Populaire.

Delhi (Jubilee Hall)

Neltume

Coyaique

Santiago

Leuven

Paris

Bamako

Santiago, avril 2012

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